L’instinct de survie et le trouble de stress post-traumatique

Au cours de la vie, la plupart des individus sont confrontés à des événements difficiles ou potentiellement traumatiques. Les recherches suggèrent qu’une personne peut être exposée en moyenne à plusieurs événements de ce type au cours de son existence.

Comprendre comment notre système nerveux réagit face au danger peut aider à mieux saisir l’origine de certaines réactions émotionnelles ou corporelles qui persistent parfois longtemps après l’événement.

Cet article propose un aperçu des mécanismes de survie et de leur lien avec le traumatisme, inspiré notamment des travaux du Dr Peter Levine, fondateur de l’approche Somatic Experiencing®.

Qu’est-ce qu’un événement traumatique ?

Un événement traumatique est généralement défini comme une situation qui expose une personne, directement ou indirectement, à :

  • une menace de mort
  • des blessures graves
  • des violences sexuelles

Parmi les situations souvent associées à des traumatismes de choc, on peut retrouver par exemple :

  • les accidents
  • les chutes ou maladies graves
  • les agressions
  • les catastrophes naturelles
  • les situations de guerre ou de terrorisme
  • certaines pertes ou séparations particulièrement bouleversantes

Lorsque les expériences traumatiques surviennent de manière répétée pendant l’enfance, on parle souvent de trauma développemental.

Les symptômes du stress traumatique et du trouble de stress post-traumatique

Les effets d’un événement traumatique peuvent apparaître immédiatement après l’expérience, mais aussi plusieurs mois ou parfois plusieurs années plus tard.

Lorsque ces réactions persistent et perturbent durablement la vie quotidienne, elles peuvent être associées à ce que l’on appelle le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Les manifestations peuvent prendre différentes formes, par exemple :

  • anxiété persistante
  • troubles du sommeil ou insomnie
  • attaques de panique
  • phobies
  • douleurs psychosomatiques
  • agitation ou hyperactivité
  • sensation d’insécurité ou de malaise diffus

Ces réactions peuvent être liées à une activation prolongée du système nerveux, comme si le corps continuait à percevoir une menace même lorsque le danger est passé.

Schéma du système nerveux autonome montrant les réponses sympathique et parasympathique
Schéma du système nerveux autonome illustrant l’action des voies sympathique et parasympathique sur différentes fonctions du corps.

Source : Wikimedia Commons – Autonomic Nervous System diagram.

Les réponses instinctives de survie

Face à une situation de danger, le corps humain active automatiquement des réponses biologiques destinées à favoriser la survie.

Ces réponses instinctives sont généralement décrites comme :

  • combattre (fight)
  • fuir (flight)
  • se figer (freeze)

Ces réactions sont rapides, automatiques et largement indépendantes de la réflexion consciente.

On observe ces mêmes stratégies chez de nombreux animaux sauvages.

Le système nerveux sympathique prépare le corps à l’action (combat ou fuite), tandis que les voies parasympathiques participent aux processus de régulation et de récupération.

Pourquoi les animaux développent-ils rarement de traumatismes ?

Dans la nature, les animaux sont constamment exposés à des menaces. Pourtant, ils semblent rarement développer de symptômes traumatiques durables.

Une observation souvent faite est que leur système nerveux retourne naturellement à un état d’équilibre après la disparition du danger.

Après avoir échappé à un prédateur, certains animaux peuvent trembler, relâcher de la tension ou effectuer certains mouvements avant de reprendre leurs activités habituelles. Ces réactions semblent participer à la régulation naturelle du système nerveux.

Le figement (freeze)

Lorsque les stratégies de combat ou de fuite sont impossibles, une troisième réponse peut apparaître : le figement.

Cet état peut se manifester par :

  • une immobilité soudaine
  • une respiration réduite
  • une sensation d’engourdissement
  • parfois une dissociation

Bien qu’il donne l’impression d’une immobilité totale, le figement implique en réalité une forte mobilisation d’énergie dans le système nerveux. On peut parfois comparer cet état au fait d’appuyer sur l’accélérateur et le frein en même temps.

Persée regardant Méduse à travers le reflet de son bouclier
Dans la mythologie grecque, Persée évite d’être pétrifié en regardant Méduse indirectement à travers le reflet de son bouclier. Cette image peut servir de métaphore pour approcher progressivement des expériences difficiles sans être submergé.

Source : Illustration de Persée et Méduse, Luigi Ademollo (1764–1849).

L’approche Somatic Experiencing®

Somatic Experiencing® est une approche psychocorporelle développée par le Dr Peter Levine.

Elle repose notamment sur l’idée que :

  • le corps possède une capacité naturelle d’autorégulation
  • le traumatisme se manifeste principalement dans le système nerveux
  • certaines réponses de survie peuvent rester inachevées après une expérience difficile

Dans cette approche, l’exploration thérapeutique peut inclure les sensations corporelles, les émotions, les comportements et certains souvenirs ou images.

Ce travail se fait progressivement dans un cadre sécurisant afin de soutenir la régulation du système nerveux.

Pour aller plus loin

Pour découvrir davantage les travaux du Dr Peter Levine, son livre Waking the Tiger présente les fondements de l’approche Somatic Experiencing®.

Voir la vidéo explicative

Cet article est basé sur ma vidéo présentant les fondements de la Somatic Experiencing et le rôle du système nerveux dans les réponses instinctives de survie.

🎬 Somatic Experiencing simplement expliquée — Karima Reisinger, Emotion Institute (sous-titrage en anglais)